De l’art de circuler au Vietnam
Avant de partir, nous voulions louer une voiture privée.
Parceque nous avions estimé que notre voyage ne pouvait pas se faire en groupe. Parceque de toute façon on déteste voyager en groupe.
Parceque nous pensions que pour aller là où on voulait aller, ca serait plus simple. Pour gagner du temps et éviter de la fatigue et du stress liés aux mauvaises conditions et aux aléas des voyages en transport en commun.
Bref, louer une voiture rimait avec liberté et souplesse.
Cela dit on a vite compris que cela ne rimait pas avec autonomie : au Vietnam, le touriste n’a pas le droit de conduire. Le permis international n’est pas reconnu. Il lui faut nécessairement un chauffeur s’il veut une voiture de location.
A prime abord, on s’est expliqué la chose en se disant qu’il était plus aisé de surveiller les allers et venues du touriste par le gourvernement.
Ensuite, on s’est dit que cela faisait un peu vieux colons sur le retour, une forme de luxe Marjolainien un peu outrancier.
Une fois sur place, nous avons finalement conclu qu’un chauffeur privé est simplement une question de survie.
La conduite au Vietnam, comme vous l’aurez compris, est particulière.
En ville, les scooters dominent et font la loi. De manière totalement anarchique mais néanmoins organisée. Les feux rouges sont rares. Et pour certains conducteurs aussi décoratifs que les lampions de la ville de Hoi An.
A savoir que 50% des scooters grillent les feux, ou prennent les rues à contre sens. Donc même lorsque vous traversez une rue à sens unique, sur un des rares passages piétons peint au sol, avec un « bonhomme vert » qui vous indique que c’est à votre tour de traverser, vous n’êtes assurés de rien, compte tenu des scooters qui pratiquent le « tourne a droite » au feu rouge, les scooters qui grillent le feu pour aller tout droit, et les scooters qui apparaissent en sens inverse pour remonter la rue… Pour dire, à HCM, il y a même des « policiers touristiques » avec un écusson de la ville, uniquement pour aider les touristes à traverser.
A la campagne, ce sont les vélos qui font la loi, malgré le nombre de croissant de scooters aussi. Si vous avez la « chance » de traverser un village à l’heure de la sortie des classes, vous vous retrouvez à rouler sur la voie de gauche sans complexe, pour dépasser les 5 ou 6 vélos qui roulent côte à côte et qui prennent toute la largeur de la voie de droite. Et vous restez zen lorsque sur la voie de gauche (sur laquelle vous êtes) il y a 6 écoliers en vélo qui arrivent en face, doublé par un camion….
A savoir que dans les villages, la ligne blanche est également décorative et sert juste à indiquer le milieu de la chaussée, à titre informatif.
En proportion, il y a peu de voitures individuelles privées. Reste les bus, les véhicules de transports de biens, et les taxis. Cela dit sachant que le nombre moyen de personnes sur un scooter est de 3 et qu’un scooter sert à transporter tout et n’importe quoi, on peut considéré le scooter comme le premier transport en commun du pays.
Le seul endroit où l’on peut penser que la voiture (ou le minibus) est reine, ce sont les voies express aux allures d’autoroutes.
Déjà, il y a séparation des flux. Les scooters ont une voie dédiée.
Ensuite on s’acquite d’un droit de péage. Première guitoune, le chauffeur donne de l’argent contre un ticket. A 100m de la 1ère, dans une deuxième guitoune, un collègue reprend au chauffeur le ticket qu’on vient de lui donner. J’avoue ne pas avoir compris le principe…
En France, il est d’usage de rouler sur la voie la plus à droite, et de dépasser un véhicule lent par la gauche.
Au Vietnam, il est d’usage de rouler sur la voie la plus à gauche (façon parisienne) et de laisser les voies de droites aux véhicules lents. La voie centrale servant au dépassement… enfin, plus exactement au rabattement.
Au Vietnam, sans klaxon, tu n’existes pas. Klaxonner ici n’est pas un signe de mécontentement, ou d’aggressivité ou de hargne, ou de rage genre « tu peux pas faire attention gros con???? t’as eu ton permis dans une pochette surprise? » Non, ici klaxonner est un acte civilisé et urbain « attention, je suis là, j’existe, je suis dans ton champ de perception et je modifie mon emprise sur ton espace vital ». Bref, chacun circule a son rythme et lorsqu’un coup de klaxon lui signifie « y a quelqu’un derriere toi », le conducteur se doit de se rabattre. Ici donc, on ne double pas, c’est l’autre qui s’efface…
Une fois qu’on a compris le concept, la cacophonie de klaxons prend tout son sens et en devient harmonieuse.
Mon avis :
Je dédicace cet article à nos 4 chauffeurs qui se sont relayés tout au long de ce périple. Merci de nous avoir conduit à chaque fois à bon port et sans encombre. Car je pense sincèrement que notre durée de circulation sans accident à HCM aurait été de moins de 10 minutes, moins qu’un piéton sur l’autoroute.
Je conseille à tous les voyageurs qui vont être un jour piétons au Vietnam d’apprendre et pratiquer le zen avant leur départ.
Je déconseille toute fois les exercices pratiques visant à s’entrainer à traverser une route à circulation dense, telle que la place de la Concorde à 9h du matin ou le rond point de l’Etoile à 17h. L’automobiliste parisien n’ayant qu’un sens relatif de la courtoisie.
Remarques :
Ce qui était harmonieux et totalement normal au Vietnam nous est apparu totalement insupportable à notre retour en France, où l’on s’est senti agressé au premier klaxon et à l’horrible bruit pétaradant du 1er scooter qui est passé. Ahhh la magie du voyage.
Lundi 23 Mars - En route pour Soc Trang . par Blue « Our Wild a dit,
15 avril 2009 à 09:27
[...] Notre chauffeur et notre guide viennent nous chercher à 9h du matin pétantes. Nous avons environ 250km de route. Arrivée estimée dans le milieu de l’après-midi, vu que la vitesse moyenne oscille entre 50 et 70km. On roule…on traverse d’autres districts de HCM, puis des faubourgs, puis la grande banlieue… en fait on roule pendant plus d’une heure, mais on a toujours l’impression d’être en ville… On parvient enfin “à la campagne” mais c’est encore très habité. Tout les villages que nous traversons ne sont qu’une succession interminable de devantures de magasins en tout genre. [...]
equateurdebalek a dit,
24 avril 2009 à 15:06
Le scooter : faut léviter pour l’éviter.
Autre solution, donc. Etre plus que zen que zen. A tel point que l’on puisse léviter et traverser les rues en flottant léger, légeeeeeeer…
Ginko78 a dit,
21 mai 2009 à 08:20
Concernant les voies express aux allures d’autoroutes ou le chauffeur s’acquite d’un droit de péage à une première guitoune, puis à 100m de la 1ère donne le ticket. à une deuxième personne dans une autre guitoune,
La réponse à la façon de procéder ci-dessus, consiste simplement à partager le travail, donc donner du travail à un plus grand nombre (je m’était posé la question et l’avais retournée dans tous les sens. C’est un beau frère de ma « belle famille » (viêtnamienne) qui m’a donné l’explication.